Institut Fédératif
de Recherche sur le HANDICAP

lundi, 09 septembre 2013 14:08

19e séance - 19 septembre 2013

Clémence Bussière (CERMES3, Université Paris 11), Marc Le Vaillant (CNRS UMR8211), Nathalie Pelletier-Fleury (CERMES3, INSERM U988) :

Le recours aux dépistage du cancer chez les personnes en situation de handicap vivant en institution

Marianne Tenand (ENS) :

Politiques de compensation du handicap et de la dépendance en France: que nous apprend HSM sur la « barrière des 60 ans »?

 

La séance:

Clémence Bussière (CERMES3, Université Paris 11), Marc Le Vaillant (CNRS UMR8211), Nathalie Pelletier-Fleury (CERMES3, INSERM U988) :

Le recours aux dépistage du cancer chez les personnes en situation de handicap vivant en institution
Résumé :

Contexte / Objectif : Face aux inégalités sociales rencontrées dans le domaine de l'accès au dépistage du cancer en France, on peut supposer que des personnes en situation de handicap, souvent en situation de précarité, sont particulièrement concernées. Beaucoup d’études ont déjà été publiées sur le recours à la prévention chez les personnes handicapées vivant à domicile mais très peu s’intéressent aux personnes institutionnalisées. Du fait de la présence de professionnels de santé aux seins des institutions on peut faire l'hypothèse que les personnes institutionnalisées sont médicalement mieux suivies et plus à même d'être dépistées. L’institution joue-t-elle un ‘rôle protecteur’ ? Existe-t-il des inégalités de recours au dépistage du cancer en institution ? L'objectif de cette étude est d'estimer le lien entre le degré de handicap et la probabilité d’être dépisté pour le cancer du col de l’utérus et le cancer du sein chez les femmes en situation de handicap vivant en institution.

Données/ Méthode : Ont été sélectionnés à partir de la base Handicap-Santé, volet institution (HSI, collectée en 2009) les individus ayant déclaré avoir au moins une déficience (n=8 557). Des régressions logistiques multivariées pondérées ont été réalisées. Les variables dépendantes sont le recours au frottis et le recours à la mammographie dans les trois dernières années. Le degré de handicap est appréhendé par le niveau de limitation fonctionnelle. Nous avons utilisé l'indicateur KATZ, évaluant la capacité à réaliser six activités de la vie quotidienne (ADL). Les modèles sont ajustés sur des caractéristiques sociodémographiques (l’âge, la corpulence, le niveau de diplôme, le statut marital et la situation d’emploi) ainsi que sur des variables d’état de santé et de recours au système de soins (le fait d’avoir ou non une maladie chronique, la consultation chez le médecin généraliste dans les 12 derniers mois et le type de déficience).

Résultats/ Conclusion : Toute chose égale par ailleurs, un gradient de recours au dépistage selon le degré de handicap est observé. Les femmes les plus limitées ont une probabilité plus faible de faire un frottis (odds ratio=0.44; P<.0001) et une mammographie (odds ratio=0.50; P<.05). Ces résultats sont en accord avec ceux retrouvés dans la littérature à domicile. Même en institution le degré de handicap est une barrière au dépistage du cancer. Grâce à l'ajustement des modèles, le moindre recours aux dépistages est attribuable à la situation de handicap elle-même et non aux situations de précarité qui peuvent lui être liées. Un effet ‘protecteur’ de l’institution est néanmoins possible en comparaison avec la vie à domicile.

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Marianne Tenand (ENS) :

Politiques de compensation du handicap et de la dépendance en France: que nous apprend HSM sur la « barrière des 60 ans »?
Résumé :

Cette présentation est issue d’un mémoire de Master 2 sur les dispositifs publics permettant aux individus ayant des difficultés à réaliser seuls les actes de la vie courante de bénéficier d’aides humaines.

En France, une barrière institutionnelle distingue les « personnes âgées (dépendantes) » des «adultes handicapés » : schématiquement, les prestations accessibles varient selon que les individus ont plus ou moins de 60 ans. Le mémoire visait à évaluer dans quelle mesure cette discontinuité se répercute sur les configurations d’aides apportées par l’entourage ou par des professionnels aux individus en situation de handicap. La présentation visait à présenter la démarche et les choix méthodologiques du mémoire, mais aussi à mettre en avant les limites des résultats et de l’approche retenue, tout en proposant des pistes d’améliorations.

Le volet Ménages de l’enquête Handicap-Santé de 2008 permet de disposer d’un échantillon de 3 000 individus ayant entre 50 et 74 ans, résidant en logement ordinaire et rencontrant des difficultés à effectuer des ADL ou IADL. Des modèles multivariés (probit bivarié et logit multinomial) permettent de prendre en compte simultanément aide informelle et aide professionnelle, tandis qu’un certain nombre de variables socio-économiques et démographiques permettent de contrôler pour les facteurs susceptibles d’influencer la propension à recevoir des aides humaines.

Il ressort la probabilité de recevoir une aide à la vie quotidienne n’est que peu affectée par le fait qu’un individu ait plus de 60 ans plutôt que moins ; mais relever du champ institutionnel « personnes âgées » augmente substantiellement la probabilité de recevoir une aide professionnelle, soit exclusive soit en complément d’une aide informelle à la vie quotidienne. 

L’étude suggère que la barrière des 60 ans a des répercussions sur la manière dont les difficultés quotidiennes sont compensées par le concours de proches ou de professionnels. Toutefois, du fait de certaines limites, HSM ne permet pas de distinguer les effets sous-jacents à la différence de couverture globale. L’enquête ne permet pas non plus un repérage sans ambiguïté des « personnes handicapées vieillissantes », qui ont accès à des dispositifs non ouverts aux « personnes âgées dépendantes ». Sur le plan technique, les estimations reposent sur un certain nombre d’hypothèses qui peuvent être discutées ; par ailleurs, les potentiels problèmes d’endogénéité ne sont que partiellement résolus par la spécification adoptée. Si des améliorations techniques peuvent être apportées, il semble cependant que la structure et la précision des données ne permettent pas d’apporter une réponse définitive sur la « barrière des 60 ans ».

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